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Angelopolis – Vol02

20,00

Extrait

33 rue du Champ-de-Mars,
7e arrondissement, Paris, 1983

Le scientifique examina la fillette, lui palpant les omoplates, les vertèbres et le creux du dos avec des gestes froids et mesurés, comme s’il s’attendait à découvrir quelque tare chez elle – une treizième paire de côtes ou une seconde épine dorsale parallèle à la première, semblable à une voie ferrée. L’enfant avait reçu de sa mère l’instruction d’obéir à cet homme, et elle endurait en silence ces attouchements. Quand il lui noua un garrot autour du bras, elle ne résista pas ; quand il fit courir la pointe de l’aiguille le long du tracé sinueux d’une de ses veines, elle ne bougea pas ; et quand il piqua et qu’un afflux de sang emplit le corps de la seringue, elle pressa ses lèvres l’une contre l’autre jusqu’à ce qu’elles soient privées de sensation. Elle se concentra sur le soleil qui se déversait par les fenêtres, répandant une couleur et une chaleur bienvenues dans cette pièce stérile, et elle sentit une présence qui veillait sur elle, comme si un esprit la protégeait.
Tandis que le scientifique prélevait trois échantillons de sang, la fillette ferma les yeux et pensa à la voix de sa mère, qui aimait lui raconter des histoires de royaumes enchantés, de belles endormies et de chevaliers courageux prêts à se battre pour la bonne cause. Elle lui parlait de dieux qui se transformaient en cygnes, de beaux garçons qui se métamorphosaient en fleurs, de jeunes filles qui se changeaient en arbres ; elle lui susurrait que les anges vivaient sur Terre comme aux cieux et qu’il existait même des gens capables de voler comme eux. La fillette écoutait ces récits sans trop savoir s’ils étaient vrais. Mais elle était certaine d’une chose : dans les contes, la princesse finissait toujours par se réveiller, le cygne redevenait Zeus et le chevalier triomphait du mal. En un instant, d’un coup de baguette, par magie, le cauchemar s’achevait et une nouvelle ère commençait.

Allée des Refuzniks, abords de la tour Eiffel,
7e arrondissement, Paris, 2010

V. A. Verlaine franchit le cordon de policiers et s’approcha du lieu du crime. Il était près de minuit, les jardins étaient déserts et pourtant tout le périmètre du Champ-de-Mars, du quai Branly à l’avenue Gustave-Eiffel, était bouclé par des voitures de police dont les gyrophares bleus clignotaient dans le noir. La lumière crue d’un projecteur installé à l’écart éclairait un corps mutilé et désarticulé gisant dans une mare de sang bleu électrique. Les traits de la victime étaient impossibles à identifier et ses membres, tordus dans des positions contre-nature, faisaient penser à des branches brisées. L’expression «taillée en pièces» vint à l’esprit de Verlaine.
Il considéra la créature agonisante qui cherchait à se draper dans ses ailes. Elle tremblait de douleur et émettait des grognements bestiaux hachés qui se muèrent peu à peu en faibles geignements. Elle était grièvement blessée – une profonde entaille à la tête, une seconde à la poitrine – et cependant elle donnait l’impression de se refuser à capituler, d’être animée par une inépuisable volonté de survivre, et elle continuait à lutter alors même que son sang s’épanchait sur le sol tel un épais sirop. Puis une membrane laiteuse finit par recouvrir ses yeux, lui conférant le regard vide d’un lézard, et Verlaine sut que l’ange était enfin mort.
(…)

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UGS : 9782265089051 Catégorie :

Angelopolis – Vol02

Format:  Broché

Auteur(s):  Danielle Trussoni

Description

Extrait

33 rue du Champ-de-Mars,
7e arrondissement, Paris, 1983

Le scientifique examina la fillette, lui palpant les omoplates, les vertèbres et le creux du dos avec des gestes froids et mesurés, comme s’il s’attendait à découvrir quelque tare chez elle – une treizième paire de côtes ou une seconde épine dorsale parallèle à la première, semblable à une voie ferrée. L’enfant avait reçu de sa mère l’instruction d’obéir à cet homme, et elle endurait en silence ces attouchements. Quand il lui noua un garrot autour du bras, elle ne résista pas ; quand il fit courir la pointe de l’aiguille le long du tracé sinueux d’une de ses veines, elle ne bougea pas ; et quand il piqua et qu’un afflux de sang emplit le corps de la seringue, elle pressa ses lèvres l’une contre l’autre jusqu’à ce qu’elles soient privées de sensation. Elle se concentra sur le soleil qui se déversait par les fenêtres, répandant une couleur et une chaleur bienvenues dans cette pièce stérile, et elle sentit une présence qui veillait sur elle, comme si un esprit la protégeait.
Tandis que le scientifique prélevait trois échantillons de sang, la fillette ferma les yeux et pensa à la voix de sa mère, qui aimait lui raconter des histoires de royaumes enchantés, de belles endormies et de chevaliers courageux prêts à se battre pour la bonne cause. Elle lui parlait de dieux qui se transformaient en cygnes, de beaux garçons qui se métamorphosaient en fleurs, de jeunes filles qui se changeaient en arbres ; elle lui susurrait que les anges vivaient sur Terre comme aux cieux et qu’il existait même des gens capables de voler comme eux. La fillette écoutait ces récits sans trop savoir s’ils étaient vrais. Mais elle était certaine d’une chose : dans les contes, la princesse finissait toujours par se réveiller, le cygne redevenait Zeus et le chevalier triomphait du mal. En un instant, d’un coup de baguette, par magie, le cauchemar s’achevait et une nouvelle ère commençait.

Allée des Refuzniks, abords de la tour Eiffel,
7e arrondissement, Paris, 2010

V. A. Verlaine franchit le cordon de policiers et s’approcha du lieu du crime. Il était près de minuit, les jardins étaient déserts et pourtant tout le périmètre du Champ-de-Mars, du quai Branly à l’avenue Gustave-Eiffel, était bouclé par des voitures de police dont les gyrophares bleus clignotaient dans le noir. La lumière crue d’un projecteur installé à l’écart éclairait un corps mutilé et désarticulé gisant dans une mare de sang bleu électrique. Les traits de la victime étaient impossibles à identifier et ses membres, tordus dans des positions contre-nature, faisaient penser à des branches brisées. L’expression «taillée en pièces» vint à l’esprit de Verlaine.
Il considéra la créature agonisante qui cherchait à se draper dans ses ailes. Elle tremblait de douleur et émettait des grognements bestiaux hachés qui se muèrent peu à peu en faibles geignements. Elle était grièvement blessée – une profonde entaille à la tête, une seconde à la poitrine – et cependant elle donnait l’impression de se refuser à capituler, d’être animée par une inépuisable volonté de survivre, et elle continuait à lutter alors même que son sang s’épanchait sur le sol tel un épais sirop. Puis une membrane laiteuse finit par recouvrir ses yeux, lui conférant le regard vide d’un lézard, et Verlaine sut que l’ange était enfin mort.
(…)

Détails

Collection

Éditeur – FLEUVE EDITIONS

Format – Broché

Présentation – Broché

ISBN

Date de parution – 09/01/2014

Nombre de pages – pages

Poids – 428 grammes

Dimmensions – 23 x 14 x 2 cm

EAN – 9782265089051

Poids428 kg

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